Le graal créatif, quels leviers réels ?

Bien-être et Créativité :

L’innovation étant devenu, à l’heure de la révolution numérique et de la « start up nation », un enjeu de réussite des organisations qui ne veulent pas être « ubérisées » par une évolution trop rapide de leur secteur d’activité. La créativité des collaborateurs représente de plus en plus un impératif stratégique.

Si nous avons pu voir dans un précédent billet https://issuu.com/ergonoma/docs/ergonoma-journal-n-57/64– que les espaces de travail peuvent favoriser cette créativité des employés, à condition qu’ils s’accompagnent d’une évolution du cadre culturel, des habitudes et des relations des individus entre eux, nous verrons quels sont les autres leviers fondamentaux pour atteindre le « graal créatif ». Le bien-être peut ainsi être envisagé dans sa dimension la plus basique, c’est-à-dire le cadre psychologique dans lequel évoluent les personnes. À ce niveau, le développement des neurosciences nous donne de nouveaux éléments de compréhension qui viennent souvent confirmer des intuitions que nous avions mais qu’il était difficile de justifier en termes empiriques.

Ce que nous disent les neurosciences cognitives: « le stress affecte le comportement cognitif des individus »

La neuroscience cognitive étudie les processus biologiques qui sous-tendent le comportement créatif. Selon différentes études de ce champ scientifique, le stress affecte le comportement cognitif des individus. Un cerveau préoccupé ne fonctionne donc pas de la même manière que lorsqu’il est détendu. La capacité de mémorisation s’en voit réduite et le processus de prise de décision ralenti car la capacité à générer de nouvelles solutions, en somme la créativité nécessaire à la résolution de problèmes, est inhibée.

Aux États-Unis, le stress et les maladies mentales qu’il implique génèrent un coût annuel de 230 millions de dollars chaque année pour les organisations

Ce stress négatif, engendré par une pression excessive ou la multiplication des tâches simultanées, peut mener à un mal moderne, le burn out et/ou à des périodes de dépression chez les collaborateurs, en plus d’une perte substantielle de productivité pour les organisations. Cependant, un environnement de travail favorable, peut permettre de motiver l’individu, de stimuler ses capacités cérébrales, et donc d’améliorer son attention et sa concentration ainsi que sa capacité à mémoriser et à faire des liens entre des connaissances en apparence distinctes, mais qui peuvent permettre d’innover lorsqu’elles sont mises en relation de manière créative. Pour être créatifs, nous devons donc être capables d’associer des concepts que nous connaissons déjà mais de manière novatrice.

« La créativité, c’est de la mémoire associative qui travaille exceptionnellement bien » Sarnoff A. Mednick, psychologue

Si la créativité est la capacité à générer de nouvelles idées, il est facile d’imaginer qu’un stress négatif, (dû à une surcharge de travail, des délais trop courts pour atteindre ses objectifs ou une culture du résultat poussée à l’extrême) ne permette pas de libérer ses capacités cognitives en « faisant le vide » pour aborder un problème sous un angle nouveau et donc avec des solutions inédites. La culture managériale a donc un rôle direct à jouer dans la libération des capacités créatives des individus. Il ne suffit pas, pour les entreprises, d’embaucher des profils créatifs, mais bien de les libérer en leur assurant un cadre propice à la stimulation intellectuelle. Ainsi, le concept de psychological safety ou « sécurité psychologique » consiste à se sentir libre de prendre des initiatives et de faire des erreurs. En transférant des responsabilités et en acceptant cette possibilité, le management établit un cadre adéquat au développement de nouvelles idées.

D’un point de vue individuel, nous pouvons apprendre à générer des idées lorsque nous arrivons à identifier et réguler nos émotions. Ce processus créatif passe par plusieurs étapes qui ne sont pas forcément séquentielles et peuvent suivre un ordre distinct, selon Estanislao Bachrach, Professeur en innovation et Leadership à l’Université Ramon Llull-Blanquerna de Barcelone.

  1. Préparation : submersion dans le problème posé
  2. Incubation : étape certainement la plus créative durant laquelle les idées commencent à s’agiter dans les différents secteurs de la conscience sans passer sous le prisme de la logique
  3. Évaluation : l’idée est-elle vraiment pertinente ?
  4. Élaboration : phase de maturation de l’idée, de persuasion d’autrui, nécessitant de sortir de sa zone de confort en exposant et en confrontant l’idée qui vient de naitre au monde réel

Il est facile de poser le constat du besoin d’une diminution du stress, que les espaces de travail peuvent par ailleurs favoriser en partie, mais comment générer un contexte réellement propice à la créativité des professionnels en entreprise ?

C’est la culture de l’organisation qui permet de répondre à cet enjeu : le modèle de management doit en effet évoluer vers une négociation d’objectifs mixtes, individuels et collectifs, qualitatifs et quantitatifs, pour lesquels le collaborateur aura pu établir les priorités et la feuille de route avec le cadre. Dans ce contexte, il est plus facile de se focaliser sur les objectifs issus de ce compromis, sans se disperser, en ayant une conscience claire des activités à réaliser. Il est alors possible de se concentrer sereinement sur chacune d’entre elles, de faire appel à sa mémoire au maximum de ses capacités, et de prendre des décisions ou de générer des solutions nouvelles.

L’équilibre vie professionnelle et personnelle est également un enjeu de bien-être au travail qui favorise la créativité. Laisser ses problèmes à la maison et savoir qu’on aura le temps de les résoudre permet d’augmenter la capacité de concentration et de libérer le cerveau des contraintes externes au sujet sur lequel on tente de répondre par des idées neuves.

L’activité physique est un autre levier très puissant pour favoriser la créativité : les modes de collaboration dynamiques, les réunions actives plutôt que passives comme le développement des walking meetings, ou encore les salles de créativité bénéficiant de mobiliers flexibles ainsi que d’outils d’idéation diversifiés, sont autant de concepts qui permettent de stimuler le cerveau et de générer des idées.

La neuroscience cognitive explique en effet que l’oxygénation du cerveau favorise le développement des différentes habilités exécutives tel que l’attention, la concentration et la prise de décision.

Une première réponse résiderait donc dans l’activité, le mouvement, pour lesquels l’environnement de travail peut aider en posant les bases d’un contexte favorable, mais pour lesquels la culture de l’organisation doit être compatible.

Le cerveau n’étant pas fait pour gérer plusieurs tâches à la fois, il n’a pas évolué aussi vite que la technologie, et l’attention captée par toutes les applications et les distractions cognitives qu’elles génèrent sont les pires ennemis de la créativité. Pour y répondre, faire des pauses, couper la suractivité en cours, se lever pour oxygéner le cerveau, sont des pistes de solutions. Mais pour les mettre en place, une culture propice à ces mouvements doit être mise en place, et les Nouvelles Formes de Travail permettent de faire évoluer le cadre culturel des organisations dans ce sens.

Prochains billets à venir sur www.ergonoma.com

  1. Ce que les procédures internes et la technologie doivent favoriser
  2. Le rôle des ressources humaines
  3. Une approche intégrale est indispensable

Emmanuel Mercier: www.bicg.com